Interprofession fruits et légumes de Nouvelle-Calédonie

IFEL NC
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Success stories

La classification, je travaille avec…  5 témoignages, 5 professionnels, 3 catégories

L’Interprofession des Fruits et Légumes-IFEL vous présente 5 récits de réussite qui relatent les histoires des professionnels de la filière fruits et légumes dont :  

Leur point en commun : la classification mise en place en août 2018. Tous ont décidé de travailler avec ces grilles de photos objectives. Ils nous racontent leurs expériences, leurs motivations et leurs désirs d’aller plus loin.

Daniel Eysseric « Les catégories nous tirent vers le haut »

Derrière Stéphanie, il y a Daniel Eysseric, producteur du réseau Repair et amoureux du beau produit. Pour lui, les catégories sont un bon moyen d’encourager des productions de qualité.

« Tu vois, celle-là n’a pas été pollinisée », lance Daniel Eysseric, accroupi dans les courgettes. « C’est pour ça qu’elle donne un bout pointu. » L’agriculteur écrase l’extrémité de la cucurbitacée entre ses doigts, puis la repose à terre. Les dernières courgettes de la saison ont été récoltées la veille, mais celles-ci, il les laisse au champ. Il ne les vendra pas, aucun intérêt à ses yeux : le mot d’ordre, dans cette exploitation tranquille de La Foa, c’est la qualité.

« Dès le départ, on a toujours misé là-dessus. On a un logo, les gens sont habitués à du beau produit, donc on veut s’y tenir », explique Daniel Eysseric, qui cultive aussi melons et concombres, six hectares en tout. Cela ne l’empêche pas de travailler avec les catégories pour autant : « Avant, quand j’avais des petits melons, je ne les vendais pas », se souvient-il. « Maintenant, je peux les écouler en catégorie 2 à moitié prix sur Nouméa. Et les catégories 3, je les emmène en transformation chez Soury-Lavergne. » Un cageot par-ci, deux cageots par-là : les catégories 2 et 3 demeurent anecdotiques dans les commandes au quotidien. « Mais quand tu fais le total des ventes en fin d’année, ça te donne une belle leçon ! », sourit le producteur.

Parmi ses clients, Daniel Eysseric compte la SCIE, qui « prend toujours beaucoup de volume », et également des clients « plus petits », sur le marché de Moselle, à Boulari, à Pouembout… Il travaille aussi avec Natura : le grossiste demande que la première catégorie soit livrée en petits cageots, la catégorie 2, en gros cageots. Pas vraiment pesant, niveau logistique ; de toute façon, le jeu en vaut la chandelle.

« Pour moi, les catégories sont un moyen de tirer tout le monde vers le haut », confie Daniel Eysseric, qui marche maintenant au milieu des melons, tout juste mis en terre. « Ça fait quelques années déjà que je remarque qu’il y a de plus en plus de beaux produits en Nouvelle-Calédonie, et j’en suis ravi. Malheureusement, il y a également encore des mauvais produits. Les catégories sont donc un bon point de référence. Si on est de plus en plus nombreux à faire de la qualité, ça va peut-être amener ceux qui ne travaillent pas très bien aujourd’hui à travailler un peu mieux à l’avenir. » Le producteur laisse rouler ses yeux sur un jeune plant, puis un autre, puis embrasse du regard la terre qui verra pousser ses fruits pendant de longues semaines. « Et bon, finit-il par glisser, ça fait quand même plaisir d’avoir de beaux produits. »

Limiter les pertes pour Wake Chaa

Plus de revenus, moins de pertes, sans oublier la qualité : la production de l’Est change de visage depuis l’adoption des catégories par l’association Wake Chaa.

Ulda est perplexe : « C’est trop jeune, ça, non ? », demande cette mère de famille de Canala, une chouchoute en main. Gabriella Wabealo, animatrice de l’association Wake Chaa, jette un œil au légume, puis l’envoie en cageot : « C’est bon ! Il faut simplement qu’elles soient grosses et sans piquants », explique l’animatrice, qui agite maintenant une chouchoute terreuse : « Ça, par contre, il faut la laver avant. »

Ulda a oublié, mais la prochaine fois, elle y pensera. Au fil des récoltes, le tri des fruits et légumes s’inscrit doucement dans les habitudes des producteurs de l’Est. Pour eux, trier signifie moins de pertes, donc plus de bénéfices. Et dans ce changement, Wake Chaa y est pour beaucoup.

Porte-parole des producteurs de l’Est, l’association veut valoriser leur production et assurer un juste revenu. Ils sont trois cent soixante-seize à lui faire confiance, dont trois cent soixante-neuf uniquement sur Canala. Ils déposent leurs produits à l’association, qui les achète directement, ou guettent le passage de Freddy, qui récupère les récoltes à domicile.

« Il s’agit principalement de la petite agriculture familiale et des produits issus de la cueillette, comme la papaye et la chouchoute. Avec la banane, l’igname et la citrouille, ce sont les produits les plus récoltés », précise Gabriella Wabealo, signant le chèque pour les chouchoutes d’Ulda. Demain, comme chaque mercredi, les caisses partiront pour Nouméa, sur les étals et dans les marmites des restaurateurs, ou plus proche, à l’atelier de transformation de l’association. En 2017, quinze millions de francs ont ainsi été reversés aux producteurs de Canala.

Mais la même année, l’association enregistrait aussi des pertes, beaucoup trop de pertes. « Surtout dues au mauvais tri et au conditionnement », regrette Gabriella Wabealo. C’est à ce moment que l’idée d’une catégorisation germe, et depuis l’hiver passé, Wake Chaa achète aux producteurs du coin ananas tâché, avocat légèrement piqué et autre banane trop mûre en catégorie 2. « Et puis on a vu que l’IFEL développait aussi les catégories », se souvient l’animatrice. « On s’est dit : autant travailler tous ensemble. »

Wake Chaa décide de reprendre les critères IFEL sur douze fruits et légumes. Les producteurs du réseau adoptent petit à petit la nouvelle catégorisation, notamment encouragés par Freddy, qui vérifie systématiquement les tris lors de ses tournées. « Certains oublient de trier, précise Freddy dans un sourire, alors je le fais. Autrement, les gens font bien les catégories. Pour eux, cela permet d’avoir plus d’argent. » Wake Chaa achète par exemple 250 francs le kilo de bananes en catégorie 1 et 100 francs le kilo pour la catégorie 2. « Face à ces prix, le producteur est motivé pour produire mieux », note Gabriella Wabealo. Et au final, c’est toute la production qui gagne en qualité.